EXCURSIONS DEFICELONS, Jean-François Peyret
du 4 au 10 juin 2010

Le metteur en scène, accompagné de ses acteurs, de ses avatars, de ses machines et de ses complices conduit depuis le plateau du Théâtre Paris-Villette quelques excursions littéraires et charnelles vers cet autre territoire, une scène peut-être, celle de nos mondes virtuels. De cette langue de Henry David Thoreau à ces conversations programmées d’altérations sincères et sensées, qui de l’acteur vivant ou de son double réel imagine, invente ou réinvente une écriture possible ?


Excursion Panorama au Fresnoy

L'acteur peut-il penser comme une machine ?
Réponses et jeux d'acteurs connectés d'après les récits de Henry David Thoreau.

vendredi 4 juin 2010 - 19h00 à 21h00

Excursions exposées dans le cadre de l’exposition PANORAMA
Excursions diffusées en direct sur DEFICELONS.FR


Excursion au Théâtre Paris-Villette

L'acteur peut-il jouer comme une machine ?
Sur le plateau de la Grande Salle du Théâtre Paris-Villette, le metteur en scène et ses acteurs invitent les spectateurs à quelques improvisations programmées d’après les récits de Henry David Thoreau.

lundi 7, mardi 8, mercredi 9, jeudi 10 juin 2010 – 19h00 à 21h00
Théâtre Paris-Villette - 211 avenue Jean Jaurès - 75019 Paris - Métro : Porte de Pantin
réservation en ligne uniquement

lundi 7, « J'entrevis une marmotte traverser furtivement mon sentier »
mardi 8, « j'ai maintenant tendance à penser qu'il y a une façon plus délicate d'étudier l'ornithologie »
mercredi 9, « je resterais volontiers toujours sobre et il y a des degrés infinis dans l'ivresse »
jeudi 10, « mes sympathies n'établissent pas toujours les distinctions philanthropiques usuelles »



d’après les récits de Henry David Thoreau - metteur en scène Jean-François Peyret, assistante, dramaturge Julie Valero, acteurs Clara Chabalier, Victor Lenoble, Lyn Thibault et Jos Houben, bots H1 et D1 Taurus, compositeur Alexandros Markeas vidéaste Pierre Nouvel, dispositif Thierry Coduys, ingénieure réseaux Estelle Senay, ingénieurs réseaux stagiaires Marc Hage Chahine et Cyril Schmitt, régisseurs généraux Yann Le Hérissé et Bruno Moinard, complices Jean-Paul Sansonnet et François Yvon LIMSI-CNRS - contact projet

coproduction : tf2 compagnie Jean-François Peyret - Théâtre National de Chaillot - Le Fresnoy Studio national des arts contemporains - Théâtre Paris-Villette / x-réseau, avec le soutien de l'EMPAC-Experimental and Performic Arts Center, Rensselaer Polytechnic Institute, Troy, du manège.mons/CECN, de NUMEDIART, de ACAPELA, de LIMSI et les AJN (Ateliers Jean Nouvel), ESAM (Caen), FIJAD (ERAC). Avec le soutien du DICRéAM (Ministère de la Culture et de la Communication). x-réseau est un programme du Théâtre Paris-Villette soutenu par la Région Ile-de-France et Théâtre et Territoires Associés. Le projet est soutenu par la Drac Ile-de-France dans le cadre d’une résidence d’artiste et par la Ville de Paris dans le cadre d’une aide au projet. En collaboration avec le LIMSI-CNRS à Orsay.



LA FABRICATION...

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EN SAVOIR PLUS...

x-réseau - Théâtre Paris-Villette
DEFICELONS


Depuis le 14 décembre 2009, nous possédons notre île sur le monde virtuel Second Life, et ceci pour quelques années, je l’espère. Nous lui avons choisi ce nom, DEFICELONS, anagramme du monde virtuel où les expériences d'écriture se mèneront. Nous avions également le désir d’affirmer cette invitation à déficeler ensemble ce territoire distant, cet espace de dialogue réel comme une autre scène, une scène possible. Ainsi, notre île sera habitée peu à peu par les avatars et les rêveries de nos artistes des arts vivants. Notre premier invité est Jean-François Peyret à qui nous avons confié le soin de défricher une terre quelque peu étrangère. Cette proposition accompagne le questionnement d’autres artistes que nous convions au sein de notre programme x-réseau à penser de nouvelles formes d’écriture pour ce passager du réseau Internet, ce spectateur précis.
Patrick Gufflet, directeur du Théâtre Paris-Villette, mai 2010


Matériau Thoreau, une création à géométrie variable

Depuis longtemps Jean-François Peyret et sa compagnie tf2 s'interrogent sur les relations entre le théâtre, la science et la technologie. La nouvelle proposition du metteur en scène s'inscrit dans un contexte particulier, celui d'une création à géométrie variable, qui se donne à voir ici en installation, là en performance ou ailleurs en répétitions.

Au commencement, il y a une histoire de cabane. En 2009 Jean-François Peyret a proposé à l'Empac (Experimental Media and Performing Arts Center) d’interroger la conjoncture très particulière, dans laquelle se trouve l’espèce humaine du fait de ses pouvoirs techniques à partir d’un texte fondateur de la critique de la technique, Walden de Thoreau, publié en 1854. Cette expérience (technique du reste) de « diminution technique » – se réduire à l’essentiel en allant vivre dans les bois – lui paraissait un contre-pied intéressant pour interroger au contraire l’augmentation technique de l’homme et en patrticulier le « comédien augmenté ». Le motif, voire le mythe, de la cabane (celle où est né Lincoln, celle de l’oncle Tom, celle aussi d’Unabomber, mathématicien qui a tourné serial-killer et contempteur de la société technologique), dans la société scientifique et technique, celle aussi des gratte-ciel, la plus développée de l’histoire, mérite qu’on s’y arrête à l’heure du carbone, d’Al Gore, de Home ou de la fin annoncée de l’ère prométhéenne… La rêverie cabane arpente ainsi les plateaux, les scènes.


Excursion au Théâtre Paris-Villette
Variation Peyret sur la cabane de Thoreau


Le « matériau Thoreau », matériau littéraire du projet sera tiré de Walden, or Life in the Woods, roman-essai de Henry David Thoreau écrit en 1854 après une retraite de deux ans dans une cabane au bord de l'étang de Walden (Massachusets) relativement à l'écart de ses concitoyens. La pensée du philosophe, récupérée par les écologistes, revient aujourd'hui sur le devant de la scène. Il convient cependant de ne pas se méprendre: Thoreau n'était pas l'écologiste forcené que certains ont cru (à tort) déceler dans ses écrits. Son attitude n'en était pas moins ambigüe. La forêt de Walden, qui lui permit de prendre de la distance afin de dénoncer l'aliénation et le conformisme de ses concitoyens, était surtout le prétexte à une solitude qui le tentait de plus en plus, car il n'était pas reconnu en tant qu'écrivain dans la société américaine. Cette vie – plus ou moins – à l'écart de la civilisation fut pour Thoreau l'occasion d'une réflexion sur la technique et sa place grandissante dans la vie « moderne ». Plus proche du questionnement que de la remise en cause, Walden nous présente une réflexion en constant mouvement, dont la complexité nourrit l'intérêt de Jean-François Peyret qui y décela le matériau de possibles excursions dramaturgiques. En tant qu'objet littéraire instable, Walden n'est pas une oeuvre dont on peut fixer la lecture mais une pensée mouvante capable de provoquer des ébranlements de la sensibilité et de l'imagination. Le choix singulier du metteur en scène est de travailler à partir de ce matériau et de jouer de cette inconstance.

Par ailleurs, l' « exotisme » de la langue est source de « ludicité » pour Jean-François Peyret qui, travaillant depuis de nombreuses années sur les sciences et les techniques, est rompu à l'art de manipuler la langue anglo-américaine, dans laquelle sont rédigés la plupart des travaux scientifiques. En lui-même distance, le théâtre est le lieu qui peut accueillir cette langue en opérant un va-et-vient linguistique et générique, de l'écrit américain à la scène française. Avant tout littérature et non réflexion sur la science, Walden met pourtant ses lecteurs dans l'embarras, à l'image d'une attraction répulsive ou d'une répulsion attractive. Exigeant une lecture profonde, la dimension hybride de ce texte constitue une invitation à inventer la relation entre ces deux éléments et à lui donner forme, pourquoi pas sur un plateau de théâtre. La question du metteur en scène est alors la suivante : que reste-t-il aujourd'hui de ce roman du dix-neuvième siècle – périphrase pléonastique –, de cet objet littéraire non identifié ? Et que peut en faire un comédien à l'ère du numérique ?

Suivant l'exemple de Thoreau, interrogeons-nous à notre tour à travers le prisme de la cabane. La vie dans les bois peut s'avérer être – de manière paradoxale, on le concède – un bon observatoire pour interroger le rapport de l'homme à la technique et, partant, le comédien soumis à divers procédés technologiques. Jean-François Peyret aura donc lui aussi sa cabane, installation théâtrale numérique qui, semblable à la cabane « véritable » de Thoreau, sera sa machine à écrire, métaphore qu'il se plaît à usiter. Ce travail d'écriture se fera en correspondance avec celui de l'architecte Jean Nouvel qui, s'emparant du texte à sa manière, réinvente la cabane de Thoreau à travers des installations courant de Gennevilliers à Tanger. Ce nouveau « matériau Thoreau », filmé par Pierre Nouvel, complètera les images de la forêt de Walden présentées sur le plateau. La cabane-machine ainsi agencée interrogera l'expérience littéraire du dix-neuvième siècle à partir de la révolution numérique actuelle et de ce qu'elle impose à nos cerveaux. Tout comme l'expérience de Thoreau à Walden, celle de Jean-François Peyret se révélera par des mots.

Cette exploration de la langue de Thoreau se fera donc à la manière de Thoreau à la différence près que, à la machine-livre, Jean-François Peyret propose de répondre par une machine numérique. Que ressort-il du traitement du matériau Thoreau par la machine ? Nous ne pourrons le dire que par la pratique. Le dialogue homme-machine est une des préoccupations de Peyret depuis son travail sur le scientifique britannique Alan Turing, père entre autres de l'intelligence artificielle dont le fameux test vise à déterminer si les machines pensent (ou non). Ce test nous fait croire que la machine imite l'homme, la justesse de l'imitation permettant de dire si elle pense. Or, on peut concevoir que la réalité est autre, autrement dit que c'est l'homme qui s'adapterait à la machine, car il doit désormais penser avec elle. Qu'est-ce que penser au milieu des machines et, dans ce contexte, le comédien peut-il, à son tour, penser comme elles ou tout au moins les imiter ? Les machines font aujourd'hui partie de notre monde et de notre vie quotidienne, à tel point qu'on peut les considérer, non plus comme des exécutants agissant à notre place, mais comme des agents se substituant à notre cerveau. Autrement dit elles « pensent » (ou on les fait penser, si la formule vous effraie trop) à notre place. À son époque, Thoreau était déjà d'avis que ce ne sont pas les hommes qui se servent des machines mais bien l'inverse. L'idée est ici que penser avec des machines – désormais notre lot quotidien – impliquerait que l'on pense comme des machines, ce à quoi s'essayeront les acteurs sur scène.


L'acteur peut-il penser/jouer comme une machine ?
4 soirées workshop sous l'oeil du public


L'acteur peut-il penser ou jouer comme une machine ? Telle est donc la question qui sera explorée à partir des textes de Thoreau. Explorer les diverses possibilités dialogiques et monologiques que pourraient offrir à nos machines les acteurs vivants ou les robots bavardeurs ou chatterbots réels est ainsi l'occasion de faire subir à la langue de Thoreau un traitement altéré ou simplement différent. Le comédien se fait machine et tente de dialoguer comme le fait la machine et avec la machine. La machine, quant à elle, peut parler mais ses propos ne sont pas logiques, ils ne répondent pas aux propos de l'autre machine ou de l'homme avec lequel elle dialogue. Néanmoins, tous ces mots échangés entrent en résonance car, si la réponse tombe à côté, elle tombe souvent juste à côté. Ce mélange de proximité dans le décalage ou de décalage dans la proximité est producteur de poésie, voire de poétique au sens aristotélicien du terme. Le dialogue au théâtre ne se voulant pas nécessairement mimétique du dialogue réel, ce peut être un espace d'exploration possible et de recherche sur la langue littéraire (aussi spécifique soit-elle, comme l'est celle de Thoreau), son altération par la machine et ce que les comédiens peuvent en faire... n'en déplaise aux technophobes.

De ce concept découle une nouvelle technique dramaturgique que Jean-François Peyret développe dans la cadre de Excursions DEFICELONS avec l'aide de quelques complices bien choisis, tels Jean-Paul Sansonnet et François Yvon, chercheurs au LIMSI/CNRS. L'objectif est de faire entendre par les comédiens et les avatars présents sur Second Life, les résultats de quelques procédés informatiques appliqués à un texte. Le texte sera soumis à plusieurs « altérations » informatiques ce qui donnera différentes variations et donc des versions différentes d'un même texte. L'une de ces variations sera effectuée par Jean-Paul Sansonnet à partir de mathematica, logiciel de calcul qui travaille sur les matrices et découpe le texte en séquences thématiques de sorte que la réponse à la question posée à la machine sorte de manière logique et pseudo-aléatoire. Le texte altéré par mathematica sera ensuite utilisé par les comédiens, le but étant de voir ce qu'on peut en faire sur un plateau de théâtre.

Pour prolonger ce jeu autour des conditions actuelles de la communication, Jean-François Peyret poursuit ses explorations autour du dialogue homme-machine, lancées depuis plusieurs années maintenant autour de la figure d’Alan Turing (1992). Cette fois-ci c’est à H1 et D1, avatars bavards postés sur Second Life, que les comédiens pourront se confronter : des machines donc, « bourrées » de Thoreau et d’algorithmes, encore et toujours, prêts à faire subir à la pensée et à la langue du philosophe américain quelques acrobaties. Manipulation qui est aussi l’occasion de mettre à l’épreuve quelques notions dramaturgiques tenaces : faire du dialogue un bel algorithme et du personnage un robot intelligent, un « chatbot », c’est rêver d’une dramaturgie débarrassée du bel animal et de ses oripeaux psychologiques, de ses complexes et de ses impasses. Projetés en fond de plateau, les bots H1 et D1 attesteront de leur présence virtuelle sur l’espace réel du plateau, répondront aux injonctions des comédiens, leurs partenaires dans cette affaire, iront peut-être même jusqu’à imposer une chorégraphie gestuelle à leurs répliquants. In fine, la question serait : de qui est-on l’avatar ?

Et pour renforcer encore la médiation du langage, pour compliquer encore l’interaction d’homme à homme, Jean-François Peyret et François Yvon ont rêvé d’une machine qui traduirait instantanément ce que lui diraient les comédiens en américain « thoreauien » ; une machine qui ne connaît que des langues proches de celles de Thoreau donc, des langues romanesques telles celles de Melville, Hawthorne ou Flaubert. Le comédien s’avance, parle à la machine ; la machine reconnaît sa voix, traite l’information reçue ; la machine parle, imite (elle aussi !) son interlocuteur pour lui proposer une version anglaise (ou française, tout dépendra de la langue de départ) de ce qui vient d’être dit.


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